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Lettre ouverte aux u13F 1 de Pablo Brahimi

Publié il y a 2 mois par

Lettre ouverte aux u13F 1 de Pablo Brahimi

Retour sur le match des u13F1 à Chambéry. Texte de Pablo Brahimi

Comme le bon vin
13h33. Chambéry, Gymnase Henry Bordeaux, rien à voir avec le vin. Enfin si. Le bon vin prend corps
en mûrissant, en s’aérant, lorsque les arômes se mêlent mais peuvent être saisis distinctement et un
bon Bordeaux se savoure à plusieurs.
Lorsque les filles rentrent sur le terrain, le gymnase rugit. En face des grandes joueuses de Chambéry,
les combattantes d’Artas. Elles s’appellent Sienna, Faustine, Léonore, Isis, Manon, Ludivine, Chloé et
Lola. Mais elles sont avant tout une équipe, parce qu’au basket, c’est l’équipe qui compte avant tout.
Et cette équipe-là, aux physiques inégaux, aux mines juvéniles, parfois hésitantes, s’apprête à montrer
comment se joue un match serré. Ces Rouges-là ne sont pas passives, et elles ne sont venues que dans
un seul but : gagner.
Pourtant, le visage affiché lors du premier quart-temps ne laisse pas de place à la rêverie : on est sur
un rythme aléatoire, entre des joueuses qui se démarquent et d’autres qui s’effacent, et
progressivement la tendance est plutôt à l’avantage des Savoyardes. Comme dans toute bonne
histoire, il faut un antagoniste qu’on admire et qu’on envie, qui n’a pas le rôle de méchant mais plutôt
celui de rival : dans notre histoire, elle porte le numéro 12. Elle va vite, très vite, elle se retourne, tente
des paniers un peu absurdes, de tous les angles possibles... Et ça marche.
Mais voilà : n’est pas Artasienne qui veut. Artas, c’est une mentalité. Pardon, je parle comme l’étranger
que je suis. Pour être plus Artasien que les Artasiens, je dirais même qu’Artas, c’est une croyance. On
prie, on hurle, on y croit quoiqu’il arrive, même contre toute logique. On a chacun sa propre idole mais
la croyance est la même. Artas, c’est une rafale de feu sur de l’eau glacée : ça provoque un phénomène
extraordinaire, que nul ne peut ignorer. Et la rafale est venue s’abattre sur la glace savoyarde.
Peu importe de savoir qui exactement a lancé la révolte à 19-11 pour les joueuses de Chambéry, mais
ce qui compte c’est la combattivité agressive, tenace, pugnace des Rouges. Tandis que le banc hurle à
en perdre la voix, que les gradins vibrent au son des Artasiens et Artasiennes, les joueuses font parler
la poudre. Les paniers s’enchaînent, les saillies vaillantes également, et l’euphorie s’empare
progressivement du gymnase, au profit des visiteuses. Les arômes se mêlent, le vin prend forme, et
l’ivresse monte, lentement mais sûrement. 27-26 à la fin du deuxième quart-temps, en faveur des
Rouges.
Tout semble aller pour le mieux lorsqu’est sifflée la reprise, et le troisième quart-temps, brillamment
maîtrisé par les Artasiennes, se termine à 40-38 en leur faveur. Peu importe les cris d’encouragement
qui viennent des gradins côté Chambéry, c’est encore et toujours Artas qui vient gagner. Et qui gagne.
Progressivement, les arômes se détachent en bouche : on sent le talent individuel de chacune des
joueuses, qui se battent pour défendre, tentent des paniers improbables ou s’arrachent dans des
courses effrénées vers le camp adverse. Rien à dire, même la n°12 ne peut lutter : Artas est trop fort.
Mais voilà... Comme dans toute bonne histoire, il faut également un antagoniste que l’on déteste, qui
fait basculer le destin, et qui met au défi les héroïnes. Celui-ci a deux têtes et ne connaît pas
l’impartialité : l’arbitre. On peut dire ce qu’on veut, on peut tenter d’être objectif, il y a parfois des
arbitrages qui ne laissent pas de place au doute. Ce samedi 7 octobre, aucun doute n’est laissé. Trop
de fautes oubliées en faveur des Rouges, trop de fautes signalées contre elles. Comment lutter et
comment en vouloir aux arbitres, lorsque toute une foule attend que son équipe renverse la situation
pour vaincre le dragon rouge ?
C’est là qu’après avoir savouré délicieusement un bon Bordeaux, vient la gueule de bois. A 50-46, tout
semblait envisageable. Quatre points d’écart, une équipe qui joue collectif et qui s’envole vers la
victoire, un public conquis et un banc bien fourni. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Le verre
de trop, le panier de trop, même combat.
Lorsque retentit le coup de sifflet final, le tableau d’affichage pèse lourd sur la tête des Artasiennes.
55 à 52 en faveur de Chambéry. Je ne mentirai pas : moi aussi je suis déçu. Pas déçu d’être venu, non,
loin de là.... Ce que j’ai vu est un spectacle magnifique d’unité collective, de mentalité respectueuse
mais revancharde, un exemple d’équipe admirable et qui sait faire vibrer un gymnase. Ce qui me
déçoit, c’est que la récompense n’est pas à la hauteur. Mais c’est toute la beauté et la cruauté du sport
: ce n’est pas toujours le ou la meilleur.e qui gagne.
Cependant, quiconque a déjà goûté du vin de Bordeaux sait que quelle que soit la gueule de bois du
lendemain, on finit toujours par y revenir. Même la défaite a un goût de reviens-y. Parce qu’au fond,
quand on a des arômes aussi puissants et délicats entremêlés, lorsque le breuvage est si savoureux
qu’il enivre dès les premières gorgées, on se dit qu’on n’a pas un simple Bordeaux entre les mains,
mais une cuvée divine. Et moi, sobre comme un piquet, je me suis laissé enivrer par ces Rouges,
vaillantes et magnifiques.
Elles s’appellent Sienna, Faustine, Léonore, Isis, Manon, Ludivine, Chloé et Lola. Mais elles sont avant
tout une équipe, parce qu’au basket, c’est l’équipe qui compte avant tout. Et elles sont une grande
équipe.
Il faut juste laisser le temps faire, comme pour le Bordeaux

 

 
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